VAN GOGH

En plus d’une œuvre picturale, van Gogh nous a laissé une correspondance fascinante qui apporte un éclairage précieux sur sa vie et ses créations. Elle est écrite dans une langue âpre, souple, poétique, terriblement concrète, et qui porte la même urgence que les tableaux. Vient alors l’idée d’une trame, dans le sens le plus artisanal du terme, à savoir l’ensemble des fils tendus sur le métier à tisser. Ce serait l’espace du plateau théâtral où les fils du dialogue s’entremêleraient à ceux de la peinture. Mettre en scène des paroles et des toiles. Amener à la scène les dialogues entre Vincent, son frère Théo, sa belle-sœur Johanna van Gogh Bonger, et Gauguin, à travers les nombreuses lettres qu’ils ont échangées. Ténèbres et incandescences, mélancolie et exaltation : comme dans un jeu de vases communicants, on dirait que chaque frère porte alternativement l’autre. L’équilibre semble à ce prix : l’un est le double-obscur de l’autre quand l’autre est le double-lumineux de l’un. Le rapport des frères fait ainsi écho à nos luttes intérieures.

« J’ai encore de là-bas un cyprès avec une étoile. Un dernier essai.
Un ciel de nuit avec une lune sans éclat,
à peine le croissant mince émergeant de l’ombre projetée opaque de la terre.
une étoile à éclat exagéré, si vous voulez, éclat doux de rose et vert
dans le ciel outremer où courent des nuages. »

Auvers-sur-Oise, Lettre de Vincent van Gogh à Paul Gauguin, 17 juin 1890.